Chez Éric Sibert
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Le Parc de Marojejy

Ascension du sommet de Marojejy à travers la forêt des pluies

Mis en ligne le 23/11/2008
Madagascar 2008

Au terme des aventures précédentes, me voici à Sambava, sur la côte de la Vanille.

Vendredi 8 août :
Réveil matinal après une bonne nuit de sommeil. Il fait grand beau temps sans l’ombre d’un nuage. Je vais au stationnement me renseigner sur les taxi-brousses pour le parc de Marojejy (voir aussi). Je réserve une place. Je prends mon petit déjeuner à proximité. Dans l’arrière-boutique, il se trafique des gros sacs de matière noire emballée sous vide. Ici la vanille se pèse par quintal. Je retourne à l’hôtel prendre mes affaires. Le taxi-brousse, un gros minibus, part à 8 h 30 avec le nombre nominal de passager. J’ai un siège isolé, le dernier au fond à droite. Si c’est un avantage au début, ça ne le reste pas quand nous chargeons de nouveaux passagers en route. Ils s’entassent alors à côté et sur moi. Nous nous engageons sur la route menant à Andapa. C’est une nationale goudronnée serpentant dans les collines, entre les montagnes. Au loin, la silhouette des sommets du Marojejy se détache. C’est le jour pour être au sommet. Après 60 km, à 10 h 30, je suis au point d’accueil du parc de Marojejy. Il y a une famille de touristes, deux parents et quatre enfants, qui sont venus en vélo. Le père est en tandem avec ses deux plus jeunes filles, la grande qui pédale à l’arrière et la petite sur le siège enfant. Les trois autres sont avec leur propre vélo. Ils ont débarqué d’avion à Nosy Be et sont ensuite venus en vélo. Ils ont rallié Ambilobe à Vohemar en 4 jours et une pédale cassée. Ils partent pour une excursion de deux jours dans le parc. Nous cheminerons plus ou moins en parallèle le premier jour. Moi-même, je réserve les prestations pour aller jusqu’au sommet en 4 jours aller-retour. Jean-Cri sera mon guide. Nous partons à midi. Nous nous arrêtons à Mandena pour les courses car je n’ai rien prévu. Ça sera malgache : riz, lentilles, poule, coq... Nous recrutons aussi le cuisinier. Après une assiette de riz, nous repartons. Nous avançons à travers les cultures de vanille entre autre. C’est la période de repiquage du riz. Le ciel commence à se boucher. Il ne fait pas très chaud mais l’air est très humide et je suis en nage dès que je fais un effort. Nous nous octroyons une petite pause à l’entrée du parc. Nous pénétrons dans la forêt. Il y a des bruits un peu partout dont les sifflements des lémuriens nocturnes qui dorment. À la piscine naturelle, je tente la baignade. L’eau est bien fraîche, surtout après l’effort mais après acclimatation, elle est bien agréable et je me sens beaucoup plus léger en ressortant. Nous croisons les femmes de ménage du campement qui redescendent aux villages. Nous arrivons au camp 1 peu après 16 h. Le camp est composé d’un large abri commun avec coin cuisine et de petits bungalows de quatre places. Il y a un groupe de malgaches qui vient faire des observations dans le parc. Une mangouste rousse à queue annelée de noir rode autour de mon coq, la poule n’ayant pas survécu.
Dénivelée : +520/-115 m.

Samedi 9 août :
La fin de nuit a été un peu fraîche. Au réveil, le ciel est toujours bien gris. C’est le pays où les vêtements ne sèchent pas. L’oiseau annonciateur de la pluie chante de bon matin. Plusieurs mangoustes rodent autour du campement. Après le petit déjeuner, nous allons rendre visite à la cascade Humbert. Le site est sympathique mais avec du soleil, ça doit être beaucoup mieux encore. De retour au camp, nous chargeons les bagages et partons avec une légère bruine ce qui n’empêchera pas non plus quelques rayons de soleil de percer timidement la couverture nuageuse. Nous rencontrons le lémurien des bambous en train de manger les feuilles de la dite plante. Nous profitons aussi de deux fulvus alors que nous croisons le groupe des peace corps. Il y a de la buée qui se dépose sur l’objectif de l’appareil photo. Petite pause au camp 2.

Ensuite, le sentier se fait plus rustique. Nous rattrapons le groupe malgache qui nous précède. Nous récupérons les deux filles, les assistantes cuisinières venant du village en bas, qui ont du mal à suivre l’avant garde. Ça fait un certain style, la jupe fendue et les savates en pleine montagne. Nous découvrons le cafard vert géant des montagnes de l’aube qui mouille. En débouchant sur la crête, la bruine et le brouillard nous attendent. Le chemin devient très gras. Avec la buée et les gouttes d’eau sur les lunettes, j’ai du mal à avancer entre les racines et la boue. Mes chaussures glissantes sur terrain humide n’arrangent rien. Je comprends mieux les bottes en caoutchouc du guide. Par moment, un petit vent vient rafraîchir l’ambiance. Au dernier belvédère, nous découvrons dans la forêt en contrebas un groupe de quatre propythèques soyeux. Le vent et quelques passages pluvieux sont de la partie. Nous terminons jusqu’au camp 3 que nous atteignons à midi pétante.
Température : 20°C.
Hygrométrie : 200 %.
Dénivelée : +1020/-165 m.

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Cuisine du camp Simpona
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Forêt humide

Nous mangeons sur place. Profitant d’une éclaircie, je retourne au belvédère sous le camp. Quand j’arrive, le panorama est dégagé au loin. Nous sommes entourés par la forêt des pluies et ses arbres recouverts de mousses et de lichens. Je mitraille tant et plus. Le brouillard remonte et passe par bandes, rendant le paysage sans cesse changeant. Après une demi-heure sur place, je rentre au camp. La pluie revient par intermittence. Le bruit des gouttes d’eau sur la bâche faisant office de toit rappelle les camps spéléo sur les hauts plateaux de Chartreuse. La température baisse doucement avec 17°C à 18 h. Jean-Cri hache consciencieusement son piment puis le mélange avec du vinaigre pour faire du sakay. Une soupe chinoise en entrée me fait du bien. Après le repas, nous effectuons une petite virée nocturne. Nous trouvons un caméléon et une famille oiseau en train de dormir sur sa branche. Le ciel se dégage et nous pouvons apercevoir le premier quartier de lune et quelques étoiles entre les arbres.

Dimanche 10 août :
Il pleut un peu la nuit. Tout le monde est réveillé à 5 h du matin. Il faut dire que les malgaches ont dû avoir un peu froid. Il fait 17°C au réveil. Nous démarrons peu après six heures. Le sentier est escarpé. Le soleil perce à travers les nuages et teinte en orange les sommets environnants. Je transpire de nouveau à grosses gouttes. La buée fait aussi son retour sur mes lunettes. En montant, la forêt se fait moins haute, plus que trois ou quatre mètres d’épaisseur. Ça n’en reste pas moins un entrelacs de racines et de branches à travers lesquelles il faut passer. Vers 1900 m, nous sortons des taillis. Nous avons laissé le brouillard en contrebas. Le panorama commence à prendre de l’ampleur.

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Au-dessus des nuages

Les malgaches ont abandonné leurs savates ici car la suite est trop grasse. L’un d’eux a aussi coulé une bielle et attendant les autres légèrement plus haut. Je profite du terrain dégager pour lâcher un peu les chevaux. Nous traversons une végétation qui ressemble à des rhododendrons et des genévriers. Nous rattrapons le groupe malgache au sommet du Marojejy (2130 m) où nous arrivons à 8 h. Le panorama est dégagé avec une mer de nuages agitée en contrebas. La température est de 15°C avec du vent. La polaire est appréciable. Par moment, le brouillard remonte sur les flancs du sommet. Nous passons une bonne heure au sommet.

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Sous le sommet
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Au sommet de Marojejy
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Sentier dans la forêt

En redescendant, le brouillard s’invite par moment ainsi que la buée. Nous parvenons au camp 3 à 11 h. Je mange avec appétit le riz, sardine, lentilles. Le temps de plier les bagages et nous repartons à midi. Le soleil semble de plus en plus présent mais ne nous atteint pas beaucoup à travers les arbres. Nous sommes rendus au camp 2 peu avant deux heures. Le soleil est franc et sèche l’atmosphère. J’en profite pour me doucher et faire un peu de lessive qui cette fois ne devrait pas rester humide. Nous avons une température de 25°C à l’ombre. Mais déjà vers 16 h, le ciel se couvre de nuages. J’ai été présomptueux pour la lessive et le jour tombe avant que mes vêtements ne soient secs. Il y au camp une équipe qui commence un recensement des propythèques soyeux. Le soir, même menu qu’à midi. Je rajoute un peu de sakay pour changer. Après le repas, nous allons à la chasse à l’anguille dans la rivière en dessous. Nous en voyons passer une d’une bonne trentaine de centimètres.
Dénivelée : +890/-1430 m.

Lundi 11 août :
Au petit déjeuner, on nous annonce qu’un propythèque soyeux a été vu à une centaine de mètres du camp. Malgré une balade d’une centaine de mètres de dénivelée, nous ne trouvons rien. Vers 8 h, nous partons pour la vallée. Le ciel est couvert avec quelques rayons de soleil. L’atmosphère est moins humide. C’est agréable de marcher sur un sentier sec et je transpire raisonnablement. Nous croisons une noria de porteurs car l’équipe de recensement doit s’établir pendant 20 jours au camp 3. Jean-Cri m’explique qu’il ne faut pas couper les lianes avec des nœuds sinon on libère des fantômes qui peuvent vous faire du mal. Déjà l’observation de l’anguille la veille au soir a réveillé un fantôme qui est venu rôder dans le camp et a empêcher certains malgaches de dormir. Moi-même, j’ai été réveillé en pleine nuit par quelqu’un qui a frappé à ma porte mais il n’y avait personne.

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Séchage de la vanille
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En attendant le taxi-brousse

À 11 h 30, nous sommes à Mandena. Jean-Cri m’invite à partager un peu de manioc. Il m’offre aussi une poignée de gousses de vanille. Nous sommes à 12 h 15 au point d’accueil ANGAP, au bord de la route. En changeant de chaussures, je découvre que j’ai attrapé une sangsue à ma cheville gauche. Après récupération de mes affaires commence l’attente d’un taxi-brousse. Il doit au moins y avoir une demi-douzaine de véhicules par heure sur cette nationale. Chaque taxi-brousse qui passe est plein à craquer et refuse de prendre un vazaha en plus. Finalement, à 16 h, sous l’averse, un taxi-brousse moins chargé accepte de me prendre et j’ai même le droit à une place assise. La route remonte la vallée sinueuse puis attaque les montagnes. L’ambiance est austère avec la végétation exubérante sous la pluie et la nuit qui approche. Nous arrivons à Andapa à 17 h 30. Je erre un peu dans la ville pour trouver un hôtel mais un gars me met dans la bonne direction. Je m’installe. Je fait un sérieux brin de toilette puis je vais manger au restaurant chinois de l’hôtel.

Mardi 12 août :
De bon matin, j’essaie de faire mes affaires mais rien ne sert de s’affoler. Je tourne en ville en attendant les ouvertures de boutique. Le temps est toujours couvert avec quelques gouttes et quelques rayons de soleil. Et dire que c’est la saison humide, je préfère ne même pas imaginer la saison des pluies. La Bank Of Africa ouvre un peu après 8 h. Je veux faire du change mais il faut attendre que les cours des devises arrivent de Tana par fax. Devant moi, un gars vient avec un petit sac en tissu pour déposer une dizaine de liasses de 100 billets de 10.000 Ar, soit 10.000.000 Ar ou encore 4.000 €. Au bout d’une heure, j’arrive à changer mon billet de 100 €. Le guichetier le laisse sur le comptoir pendant qu’il va faire signer des papiers dans les bureaux de l’arrière-boutique. Je continue avec l’internet pour consulter les horaires de vols de Sambava à Tana. Je décide de retourner directement à Sambava sans passer de journée supplémentaire à Andapa. Je vais quand même faire un tour à l’Angap pour me renseigner en prévision d’un prochain voyage. Je me rend alors au terminus du taxi-brousse où j’attends moins d’un quart d’heure avant que nous partions à 11 h 30. Nous attaquons la côte pour sortir de la cuvette. Le taxi-brousse roule péniblement à 15 km/h dans les montées et guère plus de 30 km/h dans les descentes, ce qui fait que nous ne sommes pas beaucoup plus rapide qu’à l’aller malgré la descente globale. Trois heures après, nous sommes à Sambava. Je hèle un taxi pour aller au bureau d’Air Madagascar. En cours de route, il tombe en panne d’essence alors, avec les autres passagers, nous nous transférons dans un autre véhicule. Pour les vols, c’est complet pour le lendemain et uniquement en classe business pour le surlendemain avec un horaire qui ne m’arrange pas. Je prends l’option d’acheter un billet sans réservation et d’aller tenter ma chance sur la liste d’attente le lendemain à l’aéroport. Je me prends ensuite un hôtel en bord de mer. Je me renseigne ensuite à l’accueil pour acheter de la vanille de qualité. La réceptionniste me donne deux adresses mais à chaque fois, le patron n’est pas là et on ne peut pas s’occuper de moi. À défaut, j’arrive au moins à acheter des piles pour ma lampe frontale. Je termine la journée avec une bière et des brochettes dans un bar. À la télé, il y a un film malgache mettant en scène un couple de guenilles qui se séparent. Nous suivons les tribulations des deux compères. Ça se déroule à la campagne. Même si je ne comprends pas grand chose, ça fait bien marrer les malgaches.

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Sambava

Mercredi 13 août :
Il y a une forte averse en fin de nuit. Je ne m’éternise pas au lit le matin car je veux être le premier à l’aéroport pour être en tête de la liste d’attente. J’arrive à 7 h45 pour un vol à 11 h 20 et il y a déjà du monde. En fait, il y a un autre vol, le même avion venant de Tana allant d’abord à Diego puis revenant en sens inverse. Je laisse passer le premier vol. Je suis le premier sur la liste d’attente. L’enregistrement de mon vol commence tout doucement. L’heure tourne. Tous les passagers passent. Il reste la liste d’attente et un vazaha qui lui-même a ses deux enfants en liste d’attente. Il y a un problème sur le billet des gamins. Ça discute. Ça téléphone à droite, à gauche. Il y a une bonne radée dehors. 11 h 15, l’avion de Diego arrive. J’attends toujours sans aucune information. Il n’y a plus personne derrière le comptoir. Finalement, c’est cuit pour le vazaha et ses enfants. Par contre, c’est gagné pour moi et l’autre personne en liste d’attente. À 11 h 35, j’ai ma carte d’embarquement. À 11 h 36, ils appellent pour l’embarquement. Je monte dans l’avion et ça a dû se jouer à une place ou deux. Le vol est sans histoire. Après le décollage, nous sortons de la couche de crasse. Il y a quelques turbulences. Nous arrivons à Tana ensoleillée. Je prends le taxi pour le Relais des Pistards. Roulant de jour et non de nuit comme au début du voyage, je constate que certains coins de la capitale se sont bien améliorés. Par exemple, un canal, qui, avant, ressemblait plus à un égout à ciel ouvert, a été nettoyé, ses berges engazonnées, fleuries et clôturées. Je fais quelques courses en ville dans l’après-midi.

La suite autour d’Antsirabe. À suivre...

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