Chez Éric Sibert
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Les chemins de Namoroka

Comment mettre 6 jours pour faire 360 km à vol d’oiseau.

Mis en ligne le 17/11/2008
Madagascar 2008

C’est parti pour une nouvelle expédition spéléologique dans les Tsingy de Namoroka.

Lundi 14 juillet :
Départ de Grenoble. L’aventure commence rapidement vu que le tram est coupé pour cause de défilé de nos féroces soldats. Je dois parcourir un bon kilomètre à pied avec mes trois sacs à dos totalisant 32 kg. Train pour Paris. Je commence à lire Méharées. Bus pour Orly. Je marche encore un peu dans Orly pour trouver l’entrée de l’hôtel.

Mardi 15 juillet :
Enregistrement à 6 h 00. Décollage sans retard. Ça avance. Nous attaquons l’Afrique et les étendues ocres si chères à Théodore. Les nuages se font ensuite plus présents avec quelques turbulences. Puis la nuit tombe. Nous atterrissons à Ivato. Passage de la douane. Je prends un taxi pour la ville. Premier changement, les chauffeurs mettent maintenant la ceinture de sécurité. En effet, la maréchaussée sévit. La sortie du parking de l’aéroport est difficile car il y a trois files de voitures qui essaient de passer par une seule caisse. Les pandores observent sans intervenir. Après une demi-heure, nous passons. C’est parti sur la route de l’aéroport. C’est la nuit africaine bien sombre. Il n’y a pas d’éclairage public. Les piétons et les cyclistes surgissent au dernier moment dans la lueur des phares. J’arrive au Relais des Pistards où Nicolas est déjà là. Il fait froid la nuit.

Mercredi 16 juillet :
Grande journée dans Tana pour préparer l’expédition. C’est l’hiver, les tananariviens ont sorti les bonnets. L’air de Tana est toujours aussi irritant pour la gorge et les yeux. Nous utilisons le taxi pour notre tournée. Nous commençons par l’ANGAP (Association Nationale pour la Gestion des Aires Protégées) pour récupérer les autorisations que nous avons demandées il y a déjà un certain temps. Nous devons patienter une bonne heure avant des les obtenir. Le temps qui était couvert et frais nous gratifie même d’une petite averse mais ensuite le soleil finit par percer. Nous passons au stationnement de taxi-brousse pour réserver le voyage vers Majunga. Après un petit restaurant, nous enchaînons sur les courses au supermarché. En revenant, nous faisons un crochet par Isotry pour acheter des bidons à eau. Repas à l’hôtel. Préparation des sacs.

Jeudi 17 juillet :
Journée sur la route pour Majunga. Enregistrement prévu à 8 h 00 pour un décollage du taxi-brousse à 8 h 30. Nous arrivons au stationnement à 8 h 20. Nous sommes les derniers et on n’attend plus que nous pour finir de charger et partir, ce qui est fait à 9 h 00. En fait, pas tout à fait car nous prenons une petite demi-heure pour faire le plein d’essence.

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Nicolas au bord de la route nationale

Ensuite, ça roule. Le ciel se dégage vers Ankazobe. La route serpente dans les hautes collines de latérite d’où émergent quelques affleurements granitiques. Le paysage est assez grandiose. Le chauffeur ménage bien son moteur dans les montées où on se traîne à 20 km/h. Par contre, sur le plat et dans les descentes, il est beaucoup moins bridé. Il nous gratifie de quelques dépassements qui tiennent plus de la roulette russe que d’autre chose. Pause repas à Manerinerina. L’air reste frais avec un petit vent. À l’issue d’une bonne descente, on rejoint les plaines qui restent quand même bien vallonnées. La chaleur est beaucoup plus présente. On dépasse les chantiers d’entretien de la route. Des petits groupes de travailleurs s’activent avec très peu d’outils à élargir les trous existants pour les reboucher proprement. Il y a aussi ceux qui désherbent le bord de la route à la faucille. Ensuite, on a le droit au chantier de mise en place du câble. Ce sont deux à trois cents personnes qui creusent une tranchée d’un mètre de profondeur à l’aide d’une barre-à-mine comportant sur le côté opposé à la pointe une petite bêche. On passe à Maevatanana et son monument aux morts de la campagne de 1895. La nuit arrive peu après. Alors qu’il est en train de répondre à un appel sur son téléphone portable, le chauffeur se laisse surprendre par un changement d’état de la route et le minibus vient racler le sol. Il fait un arrêt en catastrophe pour inspecter le véhicule. Il n’y a pas de dégâts visibles ni de fuites de liquide. Il repart mais reste perturbé et ralentit à chaque irrégularité. Il ne faut pas téléphoner en conduisant ! Les lumières de Majunga finissent par apparaître au loin alors qu’il nous reste 50 km à parcourir. Nous arrivons à 21 h. Installation à l’hôtel.

Vendredi 18 juillet :
La chaleur est vite pesante à Majunga. Nous allons rendre visite à l’ANGAP. Nous rencontrons Léon, le directeur régional et Jean-Claude, le responsable de Soalala. Ils sont au courant de notre venue. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a plus de véhicule à Soalala, celui-ci étant en réparation à Majunga. La bonne nouvelle, c’est que la piste de Katsepy à Soalala est sensée avoir été améliorée. L’après-midi, nous faisons quelques compléments de courses. Le ciel se voile et nous avons le droit à quelques gouttes de pluie bien agréables. Un petit vent se met aussi de la partie. Le délestage de l’électricité n’a pas encore totalement disparu de la ville. Nous y avons le droit dans le quartier de l’hôtel.

Samedi 19 juillet :

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Débarquement à Katsepy

Nous allons au bac à 6 h 30. Comme nous avons pas mal de bagages, nous chargeons directement et nous en profitons pour nous installer sur les rares places assises avant l’arrivée de la foule. Départ à 7 h 30 pour une traversée d’une heure. À Katsepy, nous trouvons un taxi-brousse qui nous promet d’arriver à Soalala à 15 h. C’est un 4x4 Nissan bâché. Départ à 9 h 30. Le véhicule est moyennement surchargé, c’est-à-dire que ça ne tape pas trop souvent. Même si ce n’est pas flagrant au premier coup d’œil, la piste a été améliorée ponctuellement avec la remise à niveau des raccords entre les radiers et la piste. Ça évite d’avoir à les contourner. Il y a juste les digues permettant de franchir les rizières autour de Bevary qui sont en mauvais état. On évite Anamakia en prenant le chemin des écoliers. À midi, pause repas d’une demi-heure à Mitsinjo. Ensuite, ça repart mais à part au début, la piste n’a pas été améliorée. Il y a toujours des zones de caillasse qui alternent avec du sable pour finir avec de la latérite moyennement entretenue. Cette portion reste rude. La zone semble toujours aussi peu habitée et seuls quelques feux de brousse de loin en loin suggèrent une présence humaine. Nous arrivons à Soalala à 16 h. Cette bonne performance est plus à mettre sur l’état du véhicule que celui de la piste. Nous prenons contact avec l’ANGAP puis nous nous installons dans l’unique chambre d’hôtel restante. L’électricité reste problématique et sa disponibilité est plus faible que la fois d’avant. Par contre, la grande révolution, c’est que le téléphone portable vient d’être mis en service dans la localité dans la soirée. Celltel vient de finir l’installation de son antenne. Le téléphone portable quitte les villes pour partir à l’assaut de l’arrière-pays, à défaut de la brousse profonde où de toute façon il n’y a pas d’électricité. La nuit, pour dormir, nous sommes en face de la mosquée à ciel ouvert avec non seulement une cérémonie de mariage mais en plus il y a un groupe électrogène pour les lumières et la sono. Le sommeil n’est pas de tout repos.

Dimanche 20 juillet :
Nous avons rendez-vous avec l’ANGAP après la messe, à 11 h. En attendant, nous commençons à chercher une charrette. Même si ce n’est pas très clair, ça finit par se préciser du côté du port et d’un piroguier. Nous retrouvons Guy (responsable scientifique) et Haja (chef de secteur) à l’ANGAP à l’heure prévue. Nous discutons rapidement du projet puis passons aux aspects pratiques. Finalement, Haja propose de nous accompagner jusqu’à Vilanandro pour faciliter la mise en place. Par contre, elle souhaite que nous allions d’abord à Vilanandro puis ensuite au campement prévu alors que nous voulions y aller directement en charrette et ensuite faire un aller-retour à vide pour Vilanandro. Dont acte. Rendez-vous est pris au bureau à 15 h. Nous terminons les ultimes courses et notre dernier repas dans un hotely. À 15 h 30, nous nous retrouvons. Nous traversons l’embouchure de la Mavo en pirogue.

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Notre charrette prête au départ

En face, la charrette ne tarde pas à arriver. Nous faisons un premier chargement rapide et partons à pied devant la charrette jusqu’au stationnement. En effet, celui-ci ne se trouve pas au débarcadère qui est au bout d’une digue mais vers l’intérieur, au delà des bassins d’élevage d’Aquamas, la société productrice de crevette de la ville. Donc, cette fois, véritable chargement. Nous devons former un convoi avec deux autres charrettes devant ravitailler Vilanandro en boissons diverses, biscuits et j’en passe. Le départ réel a lieu à 18 h, à la nuit tombante. Il y a certes de la paille au fond de la charrette mais comme nous avons beaucoup de bagages, il n’est pas possible de s’allonger et devons rester assis comme nous pouvons à l’avant. À 20 h, la lune pointe le bout de son nez et nous accompagne le reste du trajet. Au début, ça ne roule pas trop mal. Ensuite, dans la chaîne de collines, les zébus ont plus de mal et doivent faire régulièrement des pauses. L’air se rafraîchit aussi sérieusement.

Lundi 21 juillet :
Ça avance dans la nuit. Le truc jamais très différent mais pas pareil non plus. Par exemple, la piste devient plus irrégulière et nous le ressentons vivement grâce aux roues en fer sans suspensions. Vers 2 h du matin, nous croisons plusieurs charrettes faisant le même itinéraire mais en sens inverse. À 3 h du matin, le convoi s’arrête, les zébus sont dételés et les malgaches se couchent sans rien nous dire. J’en profite pour aller fouiller au fond de mon sac et sortir ma veste polaire parce qu’en T-shirt, ça caille bien. J’essaie ensuite de dormir sur la charrette, puis à côté et enfin en dessous mais c’est un échec à cause du froid et des nombreux moustiques qui viennent faire entendre leur cri strident à mes oreilles. Pendant ce temps là, les malgaches ronflent. Finalement, au bout d’une heure, ils se lèvent, récupèrent les zébus éparpillés dans la brousse et c’est reparti. L’aube commence d’ailleurs à poindre à l’horizon. Le soleil suit un moment après. Vers 7 h, il y a un franchissement difficile de rivière, au moins pour les charrettes lourdement chargées comme les nôtres. Nos bagages échappent au bain de boue, ce qui n’est pas le cas des biscuits pour Vilanandro.

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Travaux domestiques
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Pause du convoi

Deux heures après, nous quittons, la piste pour couper à travers la brousse. Nous arrivons à un endroit avec quelques cases hébergeant une famille. Apparemment, nous venons livrer une cartouche de cigarettes. Nous en profitons pour acheter trois poulets. Le temps qu’ils les attrapent, nous avons bien dû passer une heure sur place. Nous repartons toujours à travers la brousse par un très mauvais chemin pour nos fesses. Nous rejoignons la piste principale. Nous dépassons la bifurcation pour Namoroka que nous souhaitions emprunter. 1 km plus loin, nous faisons halte à l’aire de repos de Boriny, du nom de la charmante rivière qui passe par là. Haja nous propose de rester là pendant qu’elle va à Vilanandro chercher un agent du parc, un pisteur et un cuisinier. Elle doit être de retour dans 2 h maximum. Il est 11 h. Nous restons sur place avec le charretier. En attendant, l’eau de la rivière est claire et fraîche. Le site est d’ailleurs assez fréquenté. Les personnes de passage n’hésitent pas à faire une pause boisson, toilette et lessive, le tout dans la même eau. Un troupeau complet de zébu vient aussi faire trempette. Nicolas va voir l’amont de rivière qui, après une vasque, sort d’une zone de tsingy. Néanmoins, la couche de calcaire ne fait que quelques mètres d’épaisseur et ne permet pas le développement de grottes. Pendant ce temps là, une fille du coin, profitant du nombre réduit de spectateur, vient faire sa toilette en tenue légère. D’ailleurs, elle restera un bon moment sur place à s’occuper de ses nattes qu’elle fait avec des feuilles de palmier. Elle nous dira aussi que nos poulets ont besoin d’eau. Nous les amenons au bord de l’eau mais ils ne veulent pas boire tous seuls. Elle nous montre sur un des poulets comment leur donner de l’eau dans le creux de la main. Nous essayons de notre côté mais avec moins de succès. Il faut dire qu’il y a une impression de chaleur. Même si le thermomètre de la montre n’indique que 27°C à l’ombre, il y a un vent sec turbulent. Et je ne parle même pas de quand on est au soleil. L’hiver malgache... Enfin, à 16 h, non pas Haja mais Charles avec Tantely (agent), Morila (pisteur) et Justin (cuisinier) sont de retour avec toutes leurs affaires et leur nourriture pour les 9 jours à venir. Nous discutons des instructions réciproques. Il faudra que nous allions voir le roi avant de repartir. Nous indiquons une fois de plus que nous voulons camper dans la pleine d’Antsifotra où nous ne sommes pas sûr de trouver de l’eau mais qu’il y a des bidons pour que Justin aille en chercher à la rivière la plus proche. Nous faisons aussi confirmer que les malgaches n’ont pas de tente mais que ce n’est pas un problème. Le temps de retrouver le charretier puis que le charretier retrouve ses zébus, nous partons à 16 h 30. Cette fois, nous décidons de marcher devant la charrette pour accélérer le rythme. Et ça fonctionne pas mal même si les zébus émettent de temps à autre des cris étranges. Quand nous arrivons au niveau de Kapiloza et son aéroport sans avion, les malgaches ne veulent pas aller plus loin car il n’y a pas de point d’eau. Les explications préalables n’ont servi à rien. Nous arrivons quand même à les convaincre de rentrer légèrement dans la brousse au moins pour la première nuit mais nous ne faisons que 200 m car la nuit tombe et c’est trop difficile de trouver le chemin pour la charrette. Installation légère pour la nuit. La charrette repart. Tantely nous demande si nous lui avons apporté une tente... Les malgaches nous demandent aussi du sel pour leur riz. C’est ce qu’on appelle du personnel autonome. Après le repas, il est temps d’aller se coucher. Au début, je dors sur le duvet à cause de la chaleur mais je finis la nuit à l’intérieur. Les malgaches s’entassent à trois sous une moustiquaire.

Le lendemain, on passe aux choses sérieuses. À suivre...

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