Chez Éric Sibert
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Sur la route de Namoroka

En route pour les Tsingy de Namoroka

Mis en ligne le 3/12/2006
Madagascar 2006

Dimanche 16 juillet :
Réveil à 8 h tapantes. C’est le jour du départ de Madagascar 2006, à peine 48 h que nous avons terminé les expériences au synchrotron de Grenoble. Depuis, j’ai eu le temps de rentrer à Poitiers, de régler quelques détails administratifs pour le travail, de faire avancer d’autres problèmes pour le club de spéléo, en particulier en prévision des 60 ans. J’ai réuni les affaires pour le voyage en un gros tas dans la pièce principale. J’ai aussi eu le temps de passer chez le coiffeur et d’aller nager pour me décrasser après la quinzaine grenobloise. Je prends mon petit déjeuner en vitesse. Vaisselle. Je lance une lessive. Je fais rentrer toutes les affaires dans mes trois sacs à dos, 31 kg quand même plus 73,8 kg pour le bonhomme. J’arrose abondement les jardinières. Puis j’attends que la lessive se termine... et elle ne veut pas. 10 minutes avant l’heure de passage du bus, j’interromps la machine et je jette le linge non essoré sur l’étendage. Je coupe le gaz, l’eau et l’électricité. J’arrive à l’arrêt deux minutes avant l’horaire du bus. J’espère qu’il n’est pas passé en avance. Mais c’est plutôt le contraire. Gare. Train bondé même en première classe. C’est jour de grand départ. Bus pour Orly. Je ne suis jamais arrivé autant en avance pour prendre l’avion, quatre heures quand même. Décollage avec un léger retard. Je suis au hublot. Les lumières de la fin de journée sont bonnes. La vue sur la région parisienne est totalement dégagée. Nous avançons. Nous survolons la Savoie. Je vois le Rhône, le lac du Bourget, la Chartreuse avec la face nord du Granier éclairée. Puis se sont les Bauges. Ensuite, les cumulus se font plus insistants et nous passons juste au-dessus. Des dernières montagnes enneigées apparaissent entre les nuages, sans doute les Ecrins. Plus tard, ça se découvre sur la Méditerranée alors que nous doublons le cap Corse et que nous laissons les montagnes de la Corse sur notre droite. Puis c’est la nuit. Nous survolons l’Afrique. Aucune lumière n’apparaît au sol. Nous filons au cœur des ténèbres. Les heures s’écoulent. La lune se lève, projetant une lueur irréelle sur la brume couvrant le continent africain. Au-dessus, les étoiles scintillent dans un ciel dégagé.

Lundi 17 juillet :
Le jour se lève, incertain, retenu par les nuages. Nous survolons Madagascar mais le sol nous est caché par un moutonnement de petits nuages. Nous amorçons la descente sur Antananarivo. Alors que nous passons sous la couche nuageuse, le sol se révèle à nous dans une lumière terne. Les collines sont là, érodées, ravinées. Ça et là, une piste relie quelques villages épars. Au fur et à mesure que nous approchons de la ville, les pistes, les villages mais aussi les brûlis se font plus denses. Nous nous posons sans difficultés et nous débarquons sur le tarmac, dans une matinée fraîche et humide, où le crachin menace. Je passe la douane et je récupère mes bagages sans problème. Puis je prends le taxi pour l’hôtel. Nicolas est arrivé depuis deux heures de Tuléar mais il n’est pas en forme, avec de la fièvre et des maux de tête. Nous passons surtout la matinée à discuter, en particulier avec Florent, le patron. Dans l’après-midi, nous allons en ville. Nous réservons le taxi-brousse pour le lendemain et nous faisons les courses de nourriture pour l’expédition au Jumbo. Nous allons nous coucher sans trop tarder le soir.

Mardi 18 juillet :
Nicolas ne va pas vraiment mieux. Nous faisons le matin quelques courses complémentaires dont du carbure. En attendant que la banque autorise le retrait avec la carte de Nicolas, nous allons prendre une THB au Glacier. Ambiance du terroir qu’ils indiquent sur la devanture. L’après-midi, nous remplissons nos sacs avec toutes les courses et allons au stationnement des taxi-brousses pour Majunga. Nous sommes sur place à l’heure prévue, à savoir 16 h. Le taxi-brousse est un minibus Hyundai. Nous avons les deux places de devant, à côté du conducteur. Mais nous sommes loin de partir tout de suite. Vers 18 h, ils se décident enfin à bâcher les bagages sur la galerie. Première tentative de démarrage mais ça ne marche pas. Ils commencent par pousser le minibus hors de son emplacement. Puis le long de la rue. Il finit par démarrer. Le chauffeur descend deux minutes avant de partir. Pendant ce temps là, le véhicule cale. Nouveaux poussages mais le taxi-brousse ne veut plus rien savoir. La nuit est tombée. Ils bricolent dans le moteur à la lueur de la petite lampe à main que Nico vient d’acheter. Rien à faire. Finalement, on atterrit à la station service suivante, quelques centaines de mètres plus loin. Après une dernière tentative de bricolage, un nouveau véhicule, identique au précédent, vient prendre la relève. Ils transbordent les bagages et nous partons pour de bons à 19 h 30. La route est bonne mais toutefois sinueuse et passe assez haut en altitude. Nous avons froid à cause du chauffeur qui laisse sa fenêtre ouverte. Les places de devant ne se révèlent pas si confortables que ça avec un manque de place pour les jambes mais en plus pour la place centrale, l’absence de dossier. Il m’est impossible de m’assoupir. À chaque fois que ça m’arrive, je bascule sur Nicolas ou sur le chauffeur.

Mercredi 19 juillet :
Nous commençons à descendre dans les plaines et l’air se réchauffe. Le soleil se lève au milieu de la brousse agrémentée de quelques palmiers. Nous arrivons à Majunga, après 12 h de voyage pour 650 km. Nous nous installons à l’hôtel. Deux heures de repos pour commencer. Ensuite, nous allons faire un tour en ville. Il fait bien chaud quand on marche au soleil. Ça va légèrement mieux à l’ombre grâce à une petite brise de mer. Nous commençons par le port pour nous renseigner sur les bateaux assurant la traversée. Ensuite, nous buvons un coup dans le bar jouxtant le marché artisanal. Il a aussi une ambiance du terroir, le bar, pas le marché. Suit un repas moyen dans un resto qui a dû connaître son heure de gloire autrefois. Nouvelle sieste. Après, je vais faire un tour en ville pendant que Nicolas continue à se reposer. Il fait moins chaud. Ça commence à être agréable. Les rues sont grouillantes de monde dans le quartier derrière l’hôtel. La nuit tombe. L’électricité est intermittente sur la ville et l’éclairage de même. Les moustiques sont voraces.

Jeudi 20 juillet :
De bon matin, Nicolas va faire un tour à l’hôpital. Il en ressort deux heures plus tard avec un diagnostic de paludisme. Nous terminons les courses pour l’expédition. Après un petit resto belge, nous allons prendre le bac pour Katsepy. On nous propose une traversée en barque avec gilet de sauvetage mais nous préférons le bac qui est plus gros. Traversée sans problème. Normalement, le taxi-brousse pour Soalala part le matin. Nous nous installons à l’hôtel, à l’annexe de Madame Chabaud. Il n’y a pas grand chose à faire alors je fais une petite sieste. À la nuit tombante, nous allons faire un tour dans le village. Nous mangeons quelques brochettes de zébu. En face, une étrange lucarne participe à l’édification des foules. Repas à l’hôtel. Ensuite, en allant se coucher, nous pouvons voir de l’autre côté de la baie les lumières de Majunga. Au-dessus de nous, les étoiles sont bien visibles. En allant me laver les dents, je découvre un petit scorpion dans le lavabo.

Vendredi 21 juillet :
Lever à 6 h 30. Nous prenons le petit déjeuner sans tarder afin de ne pas rater le taxi-brousse. D’après l’hôtel, il n’y a pas à s’affoler. Le taxi-brousse ne part normalement qu’après l’arrivée du bac. Néanmoins, nous préférons être prudents. Une fois rendus sur la place du village, il s’avère qu’il n’y a pas de taxi-brousse pour Soalala. À défaut, on nous propose bien un hypothétique plan avec un 4x4 qui doit arriver par le bac et où il serait possible de squatter. Dans le doute, nous préférons assurer et nous mettons une option sur le taxi-brousse pour Mitsinjo.

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Le Saviem au départ de Katsepy

C’est un Saviem et nous avons les places devant à partager avec une tierce personne. À l’arrivée du bac, il y a du monde qui monte mais ça ne suffit pas. On attend encore un moment, jusqu’à l’arrivée d’une barque. Cette fois, c’est complet et nous partons à 10 h 30. Le Saviem accuse les ans. La direction a au moins un tour de volant de jeu. Un assistant est installé derrière le chauffeur et maintient du pied le levier de vitesse pour qu’il ne saute pas dans les accélérations. Enfin, pour le freinage, le conducteur doit abondamment pomper sur la pédale pour ralentir un tant soit peu le véhicule. La piste, quant à elle, est médiocre. Elle ne présente pas de difficultés particulières mais des camions sont passés en saison humide et l’ont labourée. À cela s’ajoute les ponts et les radiers que l’érosion a dégagé, créant des marches de part et d’autre. À certains endroits, ça en est à un point que les véhicules préfèrent passer à côté. Enfin, on ne saurait terminer le tableau sans mentionner un autre vazaha qui voyage dans le même taxi-brousse, pervers-péperre, un vieux réunionnais blanc ventripotent qui saute sur tout ce qui bouge. Après une bonne partie de piste dans la brousse, nous débouchons dans une zone beaucoup plus sympathique. Il y a d’abord de grandes étendues de rizières irriguées avec quelques zébus paissant dedans. Ensuite, le riz laisse place à la canne à sucre. Enfin, au loin apparaît une grande usine. C’est l’usine de canne à sucre de Malakia. Nous faisons une pause repas dans le village. Nous terminons ensuite jusqu’à Mitsinjo où nous arrivons à 15 h. La ville a l’air assez animée. Nous nous installons dans un hôtel tout à fait convenable et nous allons de suite nous renseigner pour la suite jusqu’à Soalala. Nous apprenons qu’un taxi-brousse doit partir d’ici une heure. Ni une, ni deux, nous décidons de repartir sans attendre, abandonnant pervers-péperre qui préfère rester sur place avec les filles de l’hôtelière. Le taxi-brousse est cette fois un Land-Rover bâché. Il commence par aller faire le plein d’essence. Mais, en revenant de la station, il a des problèmes de carburations. Quelques bricolages et ça semble bon. Nous chargeons puis nous partons. Finalement, nous attendons quelqu’un à la sortie du village. Nous attendons tellement que nous retournons le faire au point de départ. Le vrai départ est enfin donné à 18h, à la nuit tombante. Nicolas a une place devant, les pieds entre la batterie et le bidon d’essence qui fait office de réservoir. Moi, je suis à l’arrière avec la poussière de la piste et les gaz d’échappement quand on ne va pas assez vite. À côté de moi, il y a Monsieur Emmanuel. Nous aurons le temps de faire plus ample connaissance durant les nombreuses pauses du parcours. Il est géomètre et va faire des relevés pour la construction d’un barrage dans le nord-ouest de la baie de Baly. Comme nous, il s’apprête à passer dix jours en brousse, en voyageant à pied avec des guides locaux pour porter son matériel. À peine parti, le taxi-brousse se met dans le talus et manque de se renverser pour éviter une charrette à zébu. Il faut dire que sans freins, c’est plus dur d’éviter les obstacles, surtout de nuit. On reprend mais vers 19 h 20, pause pour cause de pneu avant gauche qui fuit. Il le regonfle un coup. Nous repartons mais ça ne tient pas. Dix minutes plus tard, nouvelle pause.

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Taxi-brousse en panne

Il faut vraiment réparer le pneu. Et aussi voir les problèmes de carburation. De même qu’un problème sur la roue. Nous repartons vers neuf heures. Deux ensablages plus loin, le bricolage de tête delco reprend. Ils vont devenir de plus en plus fréquents. Ça me laisse largement le temps d’admirer le ciel sans lune. Au début, il est légèrement voilé avant de devenir complètement dégagé. La voie lactée est alors bien visible. À onze heures, lors d’une énième pause, nous sommes à peu près à mi-parcours. La piste, qui jusqu’à présent, était mauvaise, devient exécrable. Nous roulons sur du caillou et nous sommes secoués dans tous les sens. On ne peut même plus qualifier ça de piste. Il semble que dans les pentes, la terre mise à nu par la piste ait été embarquée par les pluies et il ne reste plus que de la caillasse.

Samedi 22 juillet :
À une heure du matin, je n’en peux plus. J’ai les fesses explosées. Profitant d’une pause, je demande à Nicolas d’échanger nos places. La suite n’est guère mieux mais c’est quand même plus confortable devant. Nous finissons par voir des lumières devant nous, au bord de l’eau. Ce n’est pas Soalala mais l’usine de crevettes située sur l’autre rive de la rivière. Nous arrivons à Soalala même à 4 h 20. Soalala, la bonne route, que ça veut dire... La lune pointe le bout de son nez avec un fin croissant qui s’élève enfin. Le temps de trouver l’Angap (Association Nationale pour la Gestion des Aires Protégées, ils gèrent le parc où nous allons), qu’ils nous envoient une voiture et nous dormons dans les bureaux une heure plus tard. Lever à 8h. Nous prenons contact avec le personnel de l’Angap. Nous discutons un moment et nous leur expliquons ce que nous voulons faire. Ils nous proposent de nous emmener dans l’après-midi à Vilanandro avec leur 4x4 quand celui-ci sera revenu de la réunion du matin dans un village de la réserve de Baly. Nous préparons nos sacs. C’est beau de rêver. Hélas les palabres s’éternisent et le 4x4 rentre trop tard. De plus, il doit partir le lendemain pour Majunga pour une histoire de bois de contrebande dans une des réserves du coin. Il faut trouver une autre solution. Finalement, le grand chef propose quand même de nous mener le lendemain matin aux aurores, vu qu’il nous l’avait plus ou moins promis et qu’il nous a fait perdre du temps. Nous pouvons de nouveau rêver. En attendant, nous avons passé la journée à glander en buvant des THB. Au retour du 4x4, nos espoirs s’éteignent. D’après le chauffeur, le chemin de traverse qu’ils voulaient utiliser pour aller rapidement de Vilanandro à Majunga n’est pas praticable. Le plan envisagé ne tient plus. À défaut, il envoie quelqu’un nous chercher un charretier pour le lendemain matin. Le soir, pour changer du bar du port où des marins sans avenir boivent pour oublier leurs misères passées, nous décidons de partir à la recherche des deux autres bars de la ville. Nous finissons par les trouver et nous retenons celui avec un vidéo-cd projetant dans clips malgaches. À un moment donné, la serveuse nous entreprend sauvagement en malgache. Notre compréhension du malgache n’ayant d’égale que la sienne du français, le dialogue est difficile. Un interprète se propose mais il faudrait aussi un interprète pour l’interprète. D’ailleurs, ce n’est pas sûr qu’il cherche vraiment à traduire ce que dit la serveuse. À la longue, il devient même collant. Quant à la serveuse, la barrière des langues étant ce qu’elle est, nous en restons là.

Dimanche 23 juillet :

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Traversée à Soalala

Lever vers 7 h pour moi. Comme le gars parti la veille chercher le charretier n’est pas revenu, le chef envoie deux nouveaux gars pour chercher celui qui cherche le charretier. Finalement, vers 8 h, ils reviennent tous seuls en pirogue de l’autre rive de la rivière pour nous annoncer qu’un camion va partir. Sans attendre, nous embarquons pour traverser la rivière. En face, il y a bien un camion. Nicolas s’entaille le pied sur les coquilles d’huître en débarquant. Nous chargeons dans le camion et nous partons de suite. En dehors de l’équipage, nous sommes les seuls passagers à prendre le camion sur toute la longueur. Il y a quelques autres personnes qui montent pour de petites distances. Nous croisons trois personnes portant des fléaux de raphia. Les conducteurs leurs achètent leur stock. D’ailleurs, ils nous demandent si nous ne pourrions point régler le voyage maintenant ainsi que leur avancer 100.000 FMG, pour payer les vendeurs de raphia. Au début, la piste ne roule pas trop mal. Ensuite, nous franchissons une chaîne de collines où c’est plus difficile. L’armature du camion accroche souvent la canopée. Heureusement, nous parvenons à échapper au takily. De l’autre côté, il y une nouvelle plaine où le camion reprend de la vitesse.

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Vilanandro

Nous arrivons, à Vilanandro à 12 h 30. Nous avons mis moins de 4 h pour faire 53 km. Ce n’est pas si mal. C’est surtout plus facile quand on a un véhicule qui fonctionne normalement. Sur place, au bureau de l’Angap, il n’y a que le secrétaire qui ne parle pas français. Le gars qui habite à côté vient faire la traduction. Visiblement, ils ne sont pas au courant de notre venue. Il y a quatre agents de l’Angap rattachés à ce bureau mais ils sont tous sur le terrain. En théorie, pour partir, il nous faut une charrette à zébu, un guide local et un agent de l’Angap. Bien que ça traîne un peu, les deux premiers points peuvent être résolus. C’est même tellement long que c’est raté pour un départ le jour même. Pour le dernier point, nous allons voir Johasy, un ancien agent de l’Angap. Bien que n’ayant plus de rapports officiels avec l’Angap, il essaie d’arranger les choses, d’autant plus facilement qu’il parle bien français. Il propose que le secrétaire parte demain avec nous pour voir où nous nous installons. Ensuite, il rentre à Vilanandro et dès qu’il voit un agent, il nous l’envoie. Nous n’avons plus qu’attendre le lendemain matin pour partir. Nous suivons les femmes du village pour voir où est le point d’eau du coin. Visiblement, c’est le milliard de l’humanité qui n’a pas accès à l’eau potable. Nous ferons nos réserves d’eau plus tard. Repas dans le village et dodo à huit heures, avec un ciel étoilé une fois de plus.

Lundi 24 juillet :
Dans la nuit, il se met à pleuvoir. C’est juste une petite pluie, rien de bien grave. À 5 h du matin, pas de charrette et il pleut toujours. Nous restons couchés. À 6 h, la pluie s’arrête. Nous en profitons pour émerger. Toujours rien de neuf du côté de la charrette ni du guide. Nous discutons avec le voisin de l’Angap. Il finit par envoyer quelqu’un chercher le guide. Nous retournons aussi voir Johasy. Finalement, le guide arrive sur le coup des 8h, de même que la charrette. Nous partons avec le guide, le charretier mais pas le secrétaire de l’Angap. Au bout d’un moment, nous nous rendons compte que Moryl n’a pas pris à manger pour les huit jours à venir ni les poulets que nous avions commandés. Nous n’avançons pas trop mal avec la charrette à zébu. Nous faisons même une pointe à 20 km/h. Par contre, niveau confort, c’est vraiment rude, la roue en ferraille, ça transmet bien les chaos de la piste. Le ciel est partiellement bouché des restes de la pluie de la nuit. Le soleil n’est en plein que de façon intermittente. Néanmoins, il fait bien lourd. Comme ni le guide, ni le charretier ne parlent français, nous avons du mal à nous comprendre et à expliquer que nous voulons installer notre camp dans la zone d’Antsifostra, à proximité d’un point d’eau. Quand nous arrivons vers l’aéroport - oui, tel est indiqué sur le panneau de l’Angap - le charretier prend à droite, à l’opposé des Tsingy. Il va jusqu’à Kapiloza, un hameau de deux cases au sommet d’une colline. Sur place, il n’y a personne. À peine arrivés, le guide part sans rien nous dire dans la brousse. Le charretier, lui, dételle les bœufs. Au bout de 2 h, le guide est de retour avec un autochtone. Lui connaît bien le coin. Après de longues discussions, nous leur faisons comprendre que nous voulons aller voir la rivière qui coupe la piste 2 km plus loin au nord-ouest. Nous repartons jusqu’à l’aéroport puis reprenons la piste jusqu’au point voulu. Sur place, nous remontons le cours à sec de la rivière sur 500 m sans voir d’eau. À défaut d’être satisfaits, c’est au moins sans regret que nous acceptions de faire demi-tour et d’aller voir le point d’eau annoncé par l’autochtone dans Antanifotsy. Quand nous arrivons à proximité de l’embranchement en question, il nous annonce qu’il n’y a plus d’eau en cette saison. Le guide nous propose le campement des gardes de l’Angap, 100 m après la borne 6 du parc. Comme nous ne sommes pas bien loin de la borne, autant aller voir. Nous passons devant la borne 6 puis bifurquons à gauche dans la prairie, à l’opposé des Tsingy Nous sommes largement à plus de 100 m mais nous laissons filer.

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Plan d’eau du camp

À 1,5 km de la borne 6, nous arrivons à un bon plan d’eau, au milieu de petits morceaux de Tsingy Il est 15 h et nous décidons d’installer le camp ici même si c’est loin de nos objectifs. Le charretier et le guide repartent sur Vilanandro. Ce dernier doit revenir le lendemain matin avec sa nourriture, sa camelle et nos poulets. L’autochtone s’en retourne de son côté. Comme le coin est charmant, nous renonçons à aller prospecter durant la fin de l’après-midi. Ça doit être un des rares points d’eau à plusieurs kilomètres à la ronde et le point de passage obligé du gibier. Il y a aussi quelques baobabs dans le secteur, dont un assez grand et joli dans les rayons du couchant derrière de camp.

À suivre

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